Communiqué de presse - Information

Discours du préfet pour l'inauguration du mémorial de l'Arsot "Un Pont" à Valdoie

 
 
Pour l'inauguration du mémorial "Un Pont", oeuvre de l'artiste Oscar Tuazon, le préfet du Territoire de Belfort a prononcé, samedi 19 novembre 2016, le discours suivant :

Monsieur le Maire ,

Mesdames, Messieurs les élus, Monsieur le délégué militaire départemental, Monsieur le directeur départemental de la sécurité publique,

Monsieur le directeur départemental par intérim de l’ONAC-VG

Mesdames, Messieurs,

Nous sommes aujourd’hui réunis pour l’inauguration de l’œuvre d’Oscar Tuazon, « le Pont », qui rappelle et honore la bataille de l’Arsot du 22 novembre 1944.

Je tiens, tout d’abord, à remercier les initiateurs du projet : les anciens combattants accompagnés d’acteurs du monde associatif, social, éducatif, culturel, communal du Territoire de Belfort et d’habitants de l’Arsot, qui sont à l’origine de cette cérémonie ainsi qu’ Oscar Tuazon, artiste américain, né à Seattle en 1975, auteur de cette œuvre. Je remercie également pour leur soutien ou mécénat : la région Bourgogne Franche-Comté, le conseil départemental du Territoire de Belfort, la Fondation de France, la Fondation Daniel et Nina Carasso , la commune d’Offemeont, Territoire Habitat, les entreprises Albizzati, Colas Est et Sogycobois ainsi que tous celles et ceux qui se sont engagés avec force et conviction dans ce projet de mémoire. Je souhaite, à cet égard, saluer la réussite de l’action « Nouveaux Commanditaires » de la Fondation de France, qui a présidé à la réalisation du « Pont ».

Enfin, je soulignerai le soutien du ministère de la Défense, Secrétariat aux anciens combattants dans la réalisation de ce mémorial.

Cette manifestation est un temps de mémoire, un temps d’hommage, un temps d’espérance qui se conjuguent, ici, au croisement du passé, du présent et du futur.

Un temps de mémoire :

L’Histoire a pris une dimension forte et tragique, en ce jour du 22 novembre 1944, où dans un épais brouillard 127 hommes des commandos d’Afrique ont vaillamment combattu pour maîtriser le fort de Roppe et éviter que les allemands ne reprennent Belfort. Ce fut une bataille dure, sanglante, décisive mais à l’issue de laquelle 40 soldats dont 6 officiers sur 7 furent tués et 40 blessés.

Ces hommes venus d’Algérie ont par leurs actes de courage, leur engagement, écrit une page de l’Histoire de France, celle de la résistance face à l’oppression, de la liberté et du sacrifice.

Ces hommes symbolisent les valeurs de la République : celles de la Liberté et de la Fraternité. Cette liberté, conquise au fil de l’Histoire de notre pays, par le sang versé de celles et ceux qui croyaient en la France et en ce qu’elle représente, la patrie des droits de l’Homme.

Ce devoir de mémoire si nécessaire nous permet de ne pas oublier les morts et les survivants de cette guerre de libération du joug de la barbarie nazie qui avait étouffé notre pays, nos valeurs. Et nous avons tous le devoir de transmission de la mémoire historique. Nous devons faire vivre le souvenir, rendre hommage à ces hommes.

Je sais combien la mémoire collective nous permet de nous construire, pour le présent et pour l’avenir.

Un temps d’hommage :

L’hommage, c’est l’honneur rendu aux héros. Un honneur, qui se doit d’être à la hauteur de leur engagement et des valeurs défendues.

Ici, cette œuvre d’art monumentale tient lieu de mémorial, à la fois original et symbolique. M. Oscar Tuazon, vous avez présidé avec autorité et réussite à la naissance de cette œuvre contemporaine, que nous inaugurons aujourd’hui et nous sommes fiers que vous ayez construit ce symbole évocateur, puissant et pérenne.

Il est :

- un trait d’union entre les peuples de France, d’Algérie et d’autres horizons encore, entre ces peuples qui, réunis, ont combattu l’oppresseur,

- un relais entre les générations du 20e et du 21e siècles, car vous les jeunes vous devez vous rappelez ceux qui ont défendu la légitimité du combat pour les valeurs,

- la mémoire de valeurs universelles inscrites dans l’Histoire, qui se projettent dans le futur,

Réalisé en bois, matériau noble, solide et fragile à la fois, qui fait partie des matériaux que vous aimez travaillés, ce «Pont» qui semble aboutir au vide est en réalité une allégorie, qui rappelle le lieu de la bataille mais aussi qui symbolise les routes que chacune et chacun prend, selon son choix, mais toujours autour de nos valeurs, celles de notre belle République.

Un temps d’espérance :

Je tiens à rappeler que « Le Pont » de l’Arsot est le fruit de l’action des « Nouveaux Commanditaires » proposée par la Fondation de France  et qu’il est l’aboutissement d’un engagement partenarial exemplaire.

C’est ainsi que la Fondation de France a mandaté, suite à une concertation approfondie avec les initiateurs du projet, Oscar Tuazon, pour travailler sur le projet de mémorial. Ce sont les initiateurs du projet, qui ont défini le cadre de la commande publique artistique, ont arrêté les valeurs à porter, précisé le cahier des charges et validé le principe. Pour la réalisation, l’architecte français, Thomas Raynaud, a été associé à l’artiste.

72 ans aprés, cet épisode terrible de la fin de la seconde guerre mondiale, que nous célébrons, est un symbole des rencontres intergénérationnelles, de la solidarité et du lien social, conduit avec détermination et enthousiasme, par le monde associatif et de l’éducation.

72 ans au cours desquels plusieurs générations ont eu la chance de vivre libres dans un pays de justice et de fraternité.

72 ans au cours desquels l’Europe a changé de visage, parvenant à venir à bout de la barbarie, des totalitarismes et à construire un modèle d’association des peuples sans équivalent dans le monde.

Cela reste fragile mais une rencontre comme celle-ci renforce la conviction que nous pouvons agir dans ce sens,

La paix succède à la guerre, la fraternité remplace la haine, c’est une espérance que l’humanité peut faire vivre. Le «Pont» symbolise le passage vers cette espérance !

Pour conclure, Isaac Newton a écrit : «les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts».

Je vous invite tous à méditer ces mots, dans un monde aujourd’hui où la tentation du repli sur soi peut se traduire quelques fois dans les actes.

S’ouvrir aux autres, emprunter les ponts, c’est la première étape de la Paix !